Religions en Ouzbékistan
Les religions offrent l’une des lectures les plus claires de l’histoire du pays. Un même itinéraire peut croiser une mosquée médiévale, un sanctuaire soufi, un quartier juif, une cathédrale orthodoxe russe, un site archéologique bouddhique et des traces de cultures religieuses iraniennes plus anciennes. Cette diversité vient de la rencontre entre agriculture des oasis, migrations des steppes, commerce de la route de la Soie, culture persanophone, dynasties turciques, savoir islamique, urbanisme impérial russe et politique laïque soviétique. Chaque époque a laissé sa propre strate.
Le sujet est aussi pratique. Mosquées, mausolées, cimetières, églises et synagogues en activité ne sont pas des décors de musée: tenue, photographie, bruit et horaires y comptent. Les meilleurs itinéraires intègrent cette réalité sociale. La prière du vendredi modifie le rythme autour des mosquées, le ramadan influe sur les habitudes, les pèlerinages attirent du monde le week-end et les petits lieux communautaires peuvent exiger une autorisation préalable.
Histoire des religions
L’histoire religieuse commence bien avant l’islam. La Sogdiane, la Bactriane et le Khorezm antiques appartenaient à un vaste monde culturel iranien où le feu, l’eau, la pureté, les rites funéraires et l’ordre cosmique revêtaient un sens profond. Les traditions zoroastriennes influençaient une grande partie de l’Asie centrale sans rendre la région uniforme: cultes locaux, ancêtres, apports hellénistiques après les campagnes d’Alexandre et croyances des steppes coexistaient dans les oasis.
Le bouddhisme a joué un rôle majeur dans le sud, autour de l’ancienne Bactriane et de Termez. Dès les premiers siècles de notre ère, monastères, stupas, sculptures et peintures reliaient l’Amou-Daria au Gandhara, à l’Inde et à la route de la Soie. Marchands et moines circulaient ensemble, et les communautés se développaient près des routes, donateurs et centres urbains. Le christianisme, notamment l’Église de l’Orient, s’est également diffusé par ces réseaux, tandis que des communautés juives s’enracinaient à Boukhara, Samarcande et ailleurs.
L’islam arrive avec l’expansion arabe des VIIe et VIIIe siècles et devient progressivement majoritaire. Ce processus long associe conquête, fiscalité, conversions, savoir urbain, cours persanes et turciques, réseaux soufis et pratiques quotidiennes. Au Moyen Âge, Boukhara et Samarcande sont de grands centres d’enseignement islamique. L’Empire russe introduit ensuite institutions, écoles et églises orthodoxes; le pouvoir soviétique restreint les religions et promeut l’athéisme d’État. Depuis 1991, monuments restaurés, lieux de culte rouverts et tourisme de pèlerinage se développent dans le cadre d’un État laïque.
Zoroastrisme, bouddhisme, judaïsme et christianisme
Les traces zoroastriennes sont surtout associées au Khorezm, à la Sogdiane et aux rites funéraires antiques. Ossuaires, témoignages rituels liés au feu et organisation des établissements révèlent les conceptions anciennes de la pureté, de la mort et de l’espace sacré. Le voyageur ne trouvera généralement pas de temple zoroastrien en activité, mais les musées de Tachkent, Samarcande, Boukhara, du Khorezm et du Karakalpakstan expliquent cet héritage, qui survit aussi indirectement dans certaines coutumes saisonnières, le respect du feu et de l’eau et la mémoire de Navrouz.
Le bouddhisme est plus visible dans l’archéologie. Termez et le Sourkhan-Daria sont essentiels: Fayaz Tepe, Kara Tepe, Zourmala et les sites voisins montrent que le sud était une véritable frontière bouddhique. Cours monastiques, stupas, sculptures d’argile et peintures murales relient la région à la Bactriane, aux Kouchans et à la transmission du bouddhisme. Termez ajoute ainsi un chapitre très différent des monuments islamiques de Samarcande et Boukhara.
L’histoire juive est particulièrement liée aux Juifs boukhariotes, communauté profondément enracinée à Boukhara, Samarcande et Tachkent. Quartiers, synagogues, cimetières, mémoires familiales et musique appartiennent au récit urbain. Beaucoup ont émigré à la fin de l’époque soviétique et après, mais institutions et patrimoine demeurent importants. Le christianisme est principalement représenté par l’Église orthodoxe russe, avec aussi des communautés catholiques, apostoliques arméniennes et protestantes. La cathédrale orthodoxe de Tachkent est l’un des symboles visibles de la strate impériale russe et soviétique.
Le paysage contemporain comprend une majorité musulmane et des minorités non musulmanes dans un cadre légal laïque. L’Ouzbékistan est culturellement musulman, sans que la vie publique soit théocratique. Le visiteur rencontre des croyants pratiquants, des personnes musulmanes surtout par culture et des communautés minoritaires qui participent à la diversité urbaine.
L’islam en Ouzbékistan
L’islam est la religion majoritaire et la tradition sacrée la plus visible dans l’architecture. Le sunnisme hanafite, historiquement répandu en Asie centrale, domine. Mosquées, médersas, mausolées, minarets, écoles coraniques, sanctuaires et lieux de pèlerinage structurent la géographie spirituelle. La vieille ville de Boukhara, le Régistan et Chah-i-Zinda à Samarcande, Itchan Kala à Khiva, l’ensemble Hast Imam à Tachkent et de nombreux sanctuaires régionaux montrent les multiples formes de son inscription dans la vie quotidienne.
L’importance du pays dépasse les monuments. Boukhara est liée à l’imam al-Bukhari, l’un des plus respectés spécialistes sunnites du hadith, dont le complexe mémoriel près de Samarcande est un grand lieu de pèlerinage. Samarcande et Boukhara accueillirent juristes, théologiens, astronomes, copistes et enseignants. Les médersas étaient des institutions d’éducation, de mécénat et de prestige urbain. L’art sacré privilégie souvent géométrie, épigraphie, faïence, bois sculpté et rythme spatial plutôt que représentation figurative.
Dans les mosquées et mausolées en activité, portez une tenue sobre, retirez vos chaussures lorsqu’on le demande, n’entrez pas dans les espaces de prière aux moments sensibles sans invitation, demandez avant de photographier et parlez doucement. Certaines visites exigent que les femmes couvrent leurs cheveux. La prière du vendredi et les grandes fêtes attirent davantage de fidèles. Pendant le ramadan, les restaurants touristiques fonctionnent généralement, mais guides et chauffeurs peuvent jeûner et le repas du soir prend une importance particulière.
Le soufisme
Le soufisme est essentiel pour comprendre l’islam local, car beaucoup de lieux sacrés importants sont associés à des saints, maîtres, lignées et pèlerinages. Souvent décrit comme la mystique islamique, il fut aussi en Asie centrale un réseau social, une tradition d’enseignement, une organisation de la mémoire et un pont entre savoir formel et dévotion populaire. Dans les sanctuaires se rencontrent architecture, prière, visites familiales, récits locaux et autorité spirituelle.
La figure majeure est Baha al-Din Naqshband, né près de Boukhara au XIVe siècle. La voie naqshbandiyya devint l’un des courants soufis les plus influents, de l’Asie centrale à l’Inde et au monde ottoman. Son complexe mémoriel est encore un lieu vivant de pèlerinage. D’autres figures sacrées sont associées à Samarcande, Tachkent, Ferghana et au Khorezm. Se limiter aux grands monuments fait manquer cette géographie plus discrète de cours, tombeaux, arbres, puits et prières locales.
Un sanctuaire peut honorer un maître médiéval, préserver un ancien cimetière, accueillir des pèlerins contemporains et jouxter un quartier habité. Cette continuité explique l’essor du tourisme de pèlerinage: les visiteurs musulmans suivent les routes du savoir et des saints, tandis que les autres découvrent le fonctionnement de l’espace sacré dans la société centrasiatique.
Christianisme orthodoxe à Tachkent
Le christianisme contemporain est surtout visible à Tachkent, où l’expansion russe puis la croissance soviétique ont apporté églises orthodoxes, cimetières et institutions communautaires. La cathédrale de la Dormition en est un exemple majeur. Sa présence ne contredit pas l’identité islamique du pays: elle reflète l’histoire plurielle d’une capitale transformée par l’empire, le chemin de fer, les migrations, la reconstruction après le séisme et l’urbanisme soviétique.
Ces églises sont des lieux de culte actifs, notamment pour les communautés russophones et chrétiennes. Habillez-vous correctement, évitez les photographies intrusives pendant les offices, parlez à voix basse et vérifiez les horaires. Une visite peut compléter les musées et l’architecture soviétique de Tachkent afin d’éclairer son patrimoine non islamique.
Monuments religieux et préparation du voyage
Explorez le sujet par région. Tachkent introduit la diversité moderne avec Hast Imam, la médersa Koukeldach, les églises orthodoxes et les musées. Samarcande offre le Régistan, Bibi Khanoum, Chah-i-Zinda et le mémorial de l’imam al-Bukhari. Boukhara convient au soufisme, aux médersas, minarets, quartiers anciens et à la mémoire juive. Khiva révèle l’urbanisme islamique d’Itchan Kala. Termez est la principale destination pour l’archéologie bouddhique et les marges religieuses de l’Amou-Daria.
Respectez les communautés vivantes. Certains lieux sont des monuments publics; d’autres dépendent des heures de prière, des restaurations ou d’une autorisation locale. L’enjeu n’est pas de collectionner des étiquettes religieuses, mais de comprendre comment les croyances ont façonné architecture, savoir, commerce, migrations, politique publique et comportements quotidiens. Le paysage religieux ouzbek est puissant parce qu’il est historiquement pluriel et toujours vivant.
Sources utilisées
Cet article s’appuie sur les documents du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO concernant Samarcande, Boukhara et Khiva, les rapports du département d’État américain sur la liberté religieuse, des références historiques sur les religions d’Asie centrale, le bouddhisme à Termez, les Juifs boukhariotes, l’orthodoxie à Tachkent et la tradition soufie naqshbandie.
